Tournage, Événement, Entretien

Les mauvais garçons

Tourné dans la cité ducale en 2019, le court-métrage d'Elie Girard "Les Mauvais garçons" a obtenu, jeudi 4 février, le prix de la presse Télérama au Festival international du court métrage de Clermont Ferrand. Le film est visible gratuitement sur Arte.tv jusqu’au 28 février 2021.

Publié le

Un moyen métrage écrit & réalisé par Elie Girard avec :

Aurélien Gabrielli - Raphaël Quenard - Jonas Bloquet 
Voix : Antoine Reinartz

Production Les Films Grand Huit 

Ce projet est soutenu par la Ville de Nancy et la Métropole du Grand Nancy dans le cadre du réseau PLATO, en partenariat avec le CNC - Centre national du cinéma et de l'image animée. Il est accompagné par le Bureau d'accueil des tournages de l'Agence culturelle Grand Est et a reçu une aide à la production de la Région Grand Est.  

Les lieux de Nancy qui ont servi de décors : rue Saint-Nicolas, rue de la Primatiale, Parc Blondot, rue de la Craffe, viaduc Louis Marin, rue Raugraff, rue Saint-Jean et Parc de la Pépinière. 

Découvrez un extrait

Les Mauvais Garçons (extrait) from Films Grand Huit on Vimeo.

Synopsis

Les mille et une nuits, kebab perdu dans la nuit citadine.
Cyprien et Guillaume attendent Vincent.

Depuis que Nora est enceinte, ils doivent de plus en plus souvent composer à deux, réinventer leur amitié.

Ils se réfugient dans les frites, les bières en canette… et leurs récits sentimentaux.

À Propos du film

Avec Les Mauvais Garçons, j’ai souhaité raconter l’éloignement d’un ami pour la raison qu’il va avoir un enfant.

En gardant la grossesse et le futur papa hors-champ, j’ai voulu me concentrer sur ceux qui restent, ceux qui regardent le train de la vie passer et qui se sentent un peu à la traîne. C’est un moment charnière, qui met mes personnages face à leurs échecs, leurs regrets, leur incapacité à devenir adulte.

Voyant leur trio amputé d’un membre, leur amitié est déséquilibrée. Guillaume et Cyprien doivent se reconquérir, trouver le chemin d’un rapport à deux, qui me semble être une forme ultime de camaraderie. Cette amitié retrouvée sera l’ultime remède pour consoler ces « mauvais garçons ». De ce qu’ils n’ont pas été, de ce qu’ils s’apprêtent à être, de ce qu’ils croient être et ne sont pas…

Elie Girard

À propos du réalisateur, Elie Girard

Après une formation à l’École Nationale Supérieure Louis Lumière, Elie Girard fait de nombreux courts métrages en tant que directeur de la photographie (Pisseuses, La Promenade de Noé, Master of The Classe, Toutes les belles choses) ainsi que des clips musicaux (notamment avec La Blogothèque).

En parallèle de ce travail, l’envie grandit chez lui de faire ses propres films. C’est ce qui l’incite à écrire un premier scénario de long-métrage dans le cadre de l’atelier Fémis, où la thématique de l’amitié masculine est déjà centrale.

Actuellement, il développe (en collaboration avec Camille Rosset) Platonique, une série de 10x26 minutes pour la chaîne OCS, produite par Tetra Media. Le tournage aura lieu à l’été 2021.

À propos du cinéma de Elie Girard

Le cinéma, ce cinéma dont on doit parler pour aborder Les Mauvais Garçons, c’est un cinéma qui ne parle que d’humanité. C’est un cinéma qui est sensible aux frémissements, qui les capte sans les exagérer ni les tordre, c’est un cinéma qui est en phase avec un moment particulier et avec la manière dont une époque, une génération, vit son temps et son entrée dans une nouvelle vie. C’est un cinéma qui a l’ambition de raconter le quotidien avec justesse et précision. Chacun d’entre eux a une histoire, des attaches, des ex, des conquêtes, des complexes, un bilan à faire pour avancer.

En procédant par touches en apparence anecdotiques, ce film dessine en fait une géographie vivante, actuelle et habitée de la jeune gente masculine déphasée et sentimentalement à la rue. C’est par la multiplication de signes du réel, de fins détails sur lesquels on ne s’attarde pas, des tics de langage propres à chacun des personnages, que le réalisateur parvient à nous immerger dans le monde de ces trentenaires citadins tout en permettant aux personnages d’exister et de nous toucher durablement.

Les Acteurs

Raphaël Quenard

Découvert dans la série HP d’E.Noblet sur OCS, pour lequel il a été nommé au festival de Monte Carlo, Raphaël poursuit sa carrière chez Q. Dupieux dans Mandibules, dans Vaurien de P.Dourountzis ou encore dans La 3ème Guerre de G.Aloi. 

Aurélien Gabrielli

Comédien d’origine Corse. Agé de 28 ans, Aurélien Gabrielli est sélectionné dans les espoirs masculins aux César en 2016 pour le film Quand je ne dors pas. Aurélien a notamment joué dans Une Vie violente de T. De Peretti, Vie Sauvage de C.Kahn et dans la série Over la nuit de J.Meynet.

Le duo Raphaël Quenard et Aurélien Gabrielli lorsqu’il a été formé pour la première fois a été une évidence. Ce qui les distingue les a rapproché. Ils sont en effet aux antipodes l’un de l’autre : L’un, Aurélien, est bosseur, connait tout son texte, le produit pur d’un conservatoire. Technique, efficace, précis. L’autre, Raphaël, est fantasque, débordant. L’association de ces deux acteurs apporte une touche unique au film. Leur opposition raconte à elle seule l’histoire du film: celle de deux personnages qui tentent de trouver un équilibre à deux alors que tous les opposent.

Les films qui me plaisent sont habités par des gens qui me plaisent. Je crois que l’amour voyage dans la triangularisation acteur-réalisateur-spectateur. J’ai voulu, pour la première fois de ma vie, tomber amoureux de deux garçons. 

Elie Girard 

Entretien avec le réalisateur

Comment interpréter ce titre « Les Mauvais Garçons », qui nous emmène d’emblée sur une fausse piste ?

J’ai voulu partir d’une vision un peu romantique de la masculinité pour mieux la déconstruire. Cyprien et Guillaume ne sont pas les « bad boys » que le titre annonce, mais simplement mauvais au sens d’incapables. Ce sont des losers. L’ambiguïté du titre rappelle ainsi la manière dont eux-mêmes se rêvent toujours différemment de ce qu’ils sont. Leur trajectoire au cours du récit tient d’ailleurs en grande partie à apprendre à s’aimer soi-même.

Comment est né ce projet ?

J’ai d’abord écrit ce projet sous une forme de fiction radiophonique pour France Culture. Une série d’une dizaine d’épisodes, qui comportait à l’origine 4 personnages. La forme était assez proche d’une pièce de théâtre, contenant essentiellement des dialogues. J’ai voulu adapter ce projet pour le cinéma quand est venue l’envie d’une scène, très simple : des garçons reçoivent sur leur téléphone, à la même seconde, le faire-part de naissance de leur ami commun. J’aimais le contraste de cet instant, qui juxtapose l’ordre souverain du monde (la natalité) avec un contemporain très trivial (un sms). C’est le point d’orgue du récit, autour duquel s’est construit la temporalité du film, fait de rendez-vous manqués, parallèles à cette grossesse qu’on ne voit pas. Ensuite, m’ont naturellement inspiré des anecdotes et des personnes de ma propre existence. J’ai besoin de garder un lien assez fort avec le réel, qui est pour moi la seule manière de m’assurer que les choses sonnent vraiment juste.

Le film contient une grand part de dialogues, et de longs passages monologués…

J’ai réalisé récemment que nombreux des réalisateurs que j’admire (Eric Rohmer, Hong Sang Soo, Woody Allen…) sont des cinéastes de la parole. Pour ma part, j’ai toujours considéré les dialogues comme une forme d’action. D’ailleurs, c’est probablement la forme la plus riche, la plus divertissante, car elle contient de nombreuses couches. Il y a la manière dont on parle, ce qu’on fait tout en parlant, et le contenu même de ce que l’on dit. Par exemple, une histoire racontée par un personnage à l’intérieur d’un film me semble souvent plus émouvante que la même histoire qui serait mise en scène et filmée en tant que telle. Il y a comme une valeur ajoutée par le fait de dire la chose. Que le narrateur mente (aux autres ou à lui-même), n’ose pas dire, fantasme... la caméra capte tout cela sur le visage et le corps de l’acteur, l’ajoutant à l’histoire initialement contée.

N’avez-vous jamais peur d’ennuyer ? 

Toujours. Je suis quelqu’un d’hyperactif et je déteste m’ennuyer au cinéma. Il y a l’idée que la parole ennuie ou endort, mais je crois que c’est un cliché. J’essaie pour ma part de porter un soin tout particulier, lors de l’écriture, du tournage et du montage, à garder le spectateur en éveil. Je tente, à l’intérieur des dialogues, d’introduire en permanence des rebondissements, des ruptures de rythme, des surprises, de l’humour. Bien que tout cela paraisse naturel à la fin, c’est en réalité un équilibre assez précis. 

On parle beaucoup, en parallèle au renouveau fécond du féminisme contemporain, d’une évolution (plus lente) de nouvelles représentations de la masculinité. Dans quelle mesure vous inscrivez-vous dans cette réflexion ? 

La façon dont est représentée la parole masculine aujourd’hui, et particulièrement celle qui parle d’amour et de séduction, me semble souvent éloignée de mon expérience personnelle. En effet, l’envie du film naît en partie de cette sensation de manque dans les représentations existantes. Pour autant, c’est toujours ma sensibilité esthétique qui me guide en premier. Je trouve que la confidence entre garçons a quelque chose de particulièrement vibrant, un peu secrète. Elle émerge au-delà de la vulgarité, derrière le bouclier de la virilité, après la gêne, l’alcool aidant parfois. C’est ce cheminement qui m’intéresse, à condition d’embrasser l’ensemble de ses étapes et de parvenir à les dépasser. 

Pour vous, à quoi sert le cinéma ? 

Cela peut paraître un peu mystique, mais je crois qu’on fait des films pour guérir. Soi-même et les autres. On fabrique les films avec l’espoir secret d’entrainer les spectateurs dans leur sillon bienfaisant, où ils reconnaîtront à l’écran leurs propres blessures, leurs doutes. J’aimerais faire des films où les personnages semblent exister vraiment, pour qu’on puisse se dire, en les voyant : je ne suis pas seul. 

Quels sont vos projets pour l’avenir ? 

Actuellement, j’écris une série pour OCS, produite par Tetra Media, qui s’appelle Platonique. C’est une comédie générationnelle à deux personnages, où il est question de parentalité, d’amitié homme femme et de sexualité contrariée. Le tournage est prévu pour l’été 2021. En parallèle, je commence également à développer un projet de long-métrage avec les Films Grand Huit. On en est au tout début, porté par une terrible envie de collaborer à nouveau ensemble.

Le film est visible sur Arte en replay jusqu’au 28 février 2021
Et le prix de la presse Télérama est remis à... remise du prix en vidéo sur Facebook 
Entretien avec Élie Girard en vidéot.